( 7 juillet, 2011 )

Richarb Band et Balafon

Renaissance du balafon sur la scène camerounaise

La renaissance du Richard Band de Zoetele coïncide avec la politique de revalorisation du patrimoine musical traditionnel du Cameroun. Ce groupe, qui s’emploie depuis 1963 à populariser le jeu du balafon, a donné une nouvelle vie à cet instrument très vivant dans les années 1950-1960 : le balafon y était même intégré aux musiques d’église ! La disparition de l’instrument, détrôné dans les années 1970 par le synthé, a entraîné Richard Band dans une traversée du désert de plus de quinze ans. Le mérite de ce groupe fondé par Richard Ze Ngbwa (disparu en 2001) est d’avoir su former une nouvelle génération d’instrumentistes. Après la disparition de son fondateur, Bernard Ngbwa a repris les commandes de la formation et Daniel Ngbwa, celles du « medjang ». Le Richard Band, qui compte trois balafons et des tambours, s’illustre également par une belle section vocale et des castagnettes appelées menyas. Lors de son passage au Fespam (Festival des musiques panafricaines), la chanteuse afro-péruvienne Susana Baca a reconnu un rythme pratiqué dans son pays, le « Elak» , appelé au Cameroun le « Ekang », l’une des branches du bikutsi. Elle a même exécuté, devant les musiciens ravis, une danse pratiquée lors des fêtes populaires, un bel exemple des liens qui unissent l’Afrique et sa diaspora.

24 titres rassemblés en 3 albums dont un, «Anthology», qui reprend les 1ers succès du Richard Band de Zoétélé à ses débuts en 1963. Ensuite, il y a «couple heureux», sorti en deux volumes et dont le groupe, par la voix de son manager, Jean Pierre Ndjemba compte bien mettre au niveau du précédent: «Evènement» sorti en 2002 et qui contribuât à relancer la carrière de ce groupe venu de Meba, un village situé à Zoétélé dans le Sud du Cameroun.
Comme l`album qui l`a précédé, «Couple heureux» fait son entrée dans les bacs avec de nouvelles accusations de plagiat. Cette fois-ci, elles ne sont plus dirigées vers Richard Amougou mais plutôt contre le jeune chanteur Tall Back que le groupe accuse d`avoir copié la chanson au cours d`un de ces spectacles publics qu`il a souvent eu à donner dans différents endroits au pays.
«Depuis deux ans, nous travaillons sur cet album. Nous voulions prendre du temps avant de sortir un travail de qualité. Malheureusement, cela a donné le temps aux autres de faire leur triste besogne.», raconte Jean Pierre Ndjemba Elemva qui précise d`ailleurs que, c`est face à cette menace que le groupe a choisi de sortir simultanément les trois présents albums.
Toutefois pour l`ensemble de ce groupe qui compte désormais 9 membres au lieu de 10 depuis le décès de leur fondateur, le soliste Richard Ze Ngbwa en 2003, cette sortie est également le prétexte pour rendre hommage à l`un des leurs, en faisant un «travail de qualité.» D`où l`importance du documentaire de 26 minutes qui a été tourné par le studio Jowise, et qui montre la vie du groupe dans son fief de Meba.
meilleur groupe folklore en 2007

Renaissance
le documentaire présente Appolo, le jeune remplaçant du soliste défunt. De même que le fabricant maison de balafons, affectueusement appelé «Ingénieur». Par ailleurs, toutes les dispositions pratiques qui ont dues être prises au lendemain de la disparition du fondateur, à l`exemple de la nouvelle vague de jeunes de 22 à 35 ans, qui remplace progressivement les aînés dont l`âge de la majorité varie entre 55 et 60 ans, afin d`assurer la relève du groupe, sont également évoquées.
On se souvient que c`est au début des années 2000 que le Richard Band de Zoétélé refait surface, avec un nouvel engouement pour le balafons, cet instrument qui fait l`identité du groupe. Après son passage au concours national de la Musique en 1964, soit un an après sa création, le Richard Band de Zoetélé sort sa première production en 45 T, «On ne peut pas changer le passé». Ce qui le conduit à participer à plusieurs festivals internationaux tel le festival Panafricain d`Alger en 1967, ou encore le festival international de la jeunesse à Montréal en 1974. De cette période, «Hommage à Jeanne Irène Biya», enregistré en 1993 et «Oyono Elanga», sorti un an plus tard, constituent les productions du groupe dont les trois albums seront officiellement mis sur le marché au courant de la semaine prochaine
La mort, cette méchante faux qui s’abat sur les humains, n’aurait pas dû ! Arracher précocement à la vie un artiste, sans qu’il ait eu le temps de jouir de son labeur, de vivre lui-même le succès du fruit de son imagination créatrice, c’est un peu ingrat. Ancré des deux pieds dans la tradition, Richard Zeh Ngbwa avait eu la bonne idée de mettre sur pied un groupe artistique, Richard Band de Zoétélé, avec pour mission de donner une couleur plus dynamique à un son du terroir jalousement conservé dans l’héritage ancestral : les  » mendzang « , ou les balafons. Après la disparition du fondateur de l’orchestre il y a quelques mois, Richard Band de Zoétélé crée aujourd’hui l’événement avec… » Evénement « , son album-éponyme. L’orchestre a glissé sous les pieds des danseurs l’un des rythmes et des titres les plus frénétiques du champ musical national
L’orchestre Le Rocher Band de Mezesse dont la métamorphose a donné Le Rocher Jazz Band de Mezesse est né du rêve devenu réalité d’un petit garçon de 8 ans prénommé David. Ce jeune mélomane avait coutume d’aller prendre le vieux balafon de son oncle, à l’insu de ce dernier, pour s’exercer en musique. Ainsi, les samedis soirs, un bal dansant était offert aux jeunes du village. Durant la fête, une seule chanson est interprétée : il s’agit d’une compilation des rythmes bantous de la forêt équatoriale. Un jour, l’oncle de David se rend compte de la disparition de ses balafons et va porter plainte auprès du chef du village pour vol. Une sordide affaire aussitôt classée. Par contre, le chef convie les jeunes du village, plus âgés que David, à s’atteler à la fabrication de balafons. Parmi ces derniers, on note la présence de Daniel, Martin et Descrapon qui feront d’ailleurs partie de la première cuvée de la « Dream Team » du Rocher Band du village Mezesse. Ainsi démarre en 1968, la très passionnante aventure d’un orchestre mythique de balafons. La naissance du Rocher Band est une plus value pour le village Mezesse, blotti comme un nid d’oiseau dans les feuillages de la forêt équatoriale du sud Cameroun. Par ailleurs, la nature l’a divinement doté d’un gigantesque et mythique rocher, une grande attraction touristique pour la région et, sans doute aussi, l’une des grandes sources d’inspiration des créateurs d’oeuvres de l’esprit. Les musiciens du Rocher Band profiteront d’ailleurs de cet environnement naturellement favorable pour composer des tubes, à l’instar de « Ma kate ke oyo », « Anen’aya a Rocher », « Medjo m’AZANG »… qui feront le tour du triangle national. Soucieux de se perfectionner, les jeunes balafonistes se mettent à l’école du Richard Band de Zoétélé et celle de l’Amitié Jazz de Nkomo, d’anciens orchestres de la région qui partageaient la même passion que le Rocher Band. Malheureusement, en 1977, la « Dream Team » décide de mettre un terme à la belle aventure, pour retourner à l’agriculture. Fin de l’Acte I du Rocher Band de Mezesse … L’Acte II commence 24 ans plus tard. Mu par la nostalgie et la musique, sa seule raison de vivre, le petit David devenu grand décide de reconstituer le groupe, malgré l’âge très avancé de la plupart des membres qui avaient la soixantaine révolue. La fougue qui l’anime dans cette entreprise se solde par la production d’un album de référence intitulé « Renaissance ». Perfectionniste à souhait, David est avide de tirer le meilleur profit de la mondialisation culturelle. Ainsi, il décide de donner un nouveau visage au groupe, tant sur sa couleur musicale que sur sa composition. Sur le plan musical, il procède à une subtile fusion des sonorités d’instruments modernes avec les balafons traditionnels. Sur le plan structurel du groupe, les vieux cèdent progressivement la place aux jeunes. Cette mutation donne naissance à la World Balafon Music, une nouvelle couleur musicale née d’un alliage entre les sonorités bantou et celles du monde. D’où la mutation dénominative qui transforme Le Rocher Band de Mezesse en Rocher Jazz Band de Mezesse, avec pour principal auteur compositeur le grand David. Voyage au coeur de la nouvelle aventure musicale du Rocher Jazz Band de Mezesse à travers son nouvel album intitulé : « NGBWA’AK AFÙB « . 4
Longtemps confiné à l’arrière plan des autres genres orchestraux, le balafon, xylophone de la forêt camerounaise refait surface depuis quelques années.
Des groupes de « Mendzang », le piano à lamelles de bois d’origine pahouine rythment désormais les nuits chaudes de la capitale du Cameroun. D’Etoudi à Odza, de véritables pôles de retrouvailles se sont implantés autour d’un podium de fortune, un bar dancing, une terrasse, un restaurant ou un hôtel initiés et animés par la sonorité magique de cet instrument fétiche.
Le balafon est né du développement harmonique des instruments à percussion le tam-tam et le tambour. A un certain stade d’évolution dans le processus de création du Bikutsi moderne, le Beti son inventeur a senti la nécessité de la mise en réalisation d’un instrument doté de toutes les notes de la gamme diatonique afin de pouvoir y construire des mélodies. Par ailleurs, le musicien pahouin, bon chanteur de son état, avait de plus en plus de l’inspiration, au point de devenir capable de reprendre sur instrument les airs vocaux de son répertoire et à exécuter des solos.
Le balafon naquit donc et vint compléter compléter l’orchestre des percussions. Il existe plusieurs variétés de « Mendzang » dont le griotique, le ludique et le réligieux. pendant que le premier est victime d’une déperdition criarde due à la dégradation générale des chefferies traditionnelles chez les peuples bantous, le second a effectué un bond vertigineux des manifestations familiales aux « Music halls » de plus en plus hupés. Son fer de lance étant le légendaire ‘Richard Band » de Zoétélé. Quant au balafon Chorale, il s’est accaparé l’animation de la messe du dimanche dans les chapelles catholiques. monté sur 4 pieds, une caisse de résonnance, des calebasses pour l’acoustique et des lamelles pour attacher le clavier composé de 2 rails portant des lamelles à notes, le piano traditionnel du Cameroun attend toujours d’être amplifié.
Où écouter le Mendzang à Yaoundé???
Le célèbre cabaret « Elle et Lui » du quartier Fouda a été fondé avec la participation du groupe de balafons « Akim Condor ». La collaboration ayant volé aux éclats en pleine gloire, Akim a regagné son fief d’Ahala au lieu dit « Barrière » où il a pris d’assaut « le Bercy équatorial ». A Madagascar, non loin de la station Shell, le « Tcha-tcha band » de Monatélé a été déplacé pour assurer le lancement du « Pitchi-tchi bar ». Sur la seule rue principale de Nkolndongo, trois ensembles de Mendzang endiablés parmi lesquels le « Confiance Jazz band » du percussionniste d’anthologie OPANGO se produisent tous les week-ends du jeudi au dimanche comme c’est le cas dans la plupart des bar-orchestres de Yaoundé.
Odza est également le repère du Bikutsi sur balafons; là-bas, sur la route de Mbalmayo, les hommes et les femmes de toutes les couches sociales, de tous les ages et de toutes les origines vont s’abreuver à la source de la culture Fang-Ntoumou-Beti, se retremper dans la nostalgie des airs qui ont accompagné l’enfance des uns et des autres et aussi noyer leurs soucis dans le « matango », « l’odontol », la bière de mais, la bière industrielle et autre vin rouge qui coulent à flot accompagnés de mets, de bouillons et de grillades les plus pimentés.
A cette allure, il y a lieu d’espérer que l’art en lui-même en sortira grandi.
Le fondateur du mythique et célèbre orchestre le Richard band de Zoétélé s’en est allé au terme d’une longue et difficile carrière. Hommage à un artiste qui fut.
C’est ce samedi 15 mars 2003 que sera conduit à sa dernière demeure à Meboa par Zoétélé dans le département du Dja et Lobo, Zeh Ngbwa Richard, le fondateur de l’orchestre le Richard Band de Zoétélé. Décédé le 11 mars à l’hôpital central de Yaoundé des suites d’un cancer de l’œsophage. Collins de son nom d’artiste, le génie du balafon recevra le soir les hommages des artistes camerounais au cours d’une grande veillée qui sera organisée au domicile de son producteur Jean Pierre Djemba, derrière la délégation générale à la sûreté nationale. Rencontré peu après le décès de son époux, Mme Mgbwa née Abomo Nga Nti Micheline qu’entourent les 4 enfants majeurs, reste inconsolable. « Il savait se battre contre les vicissitudes de la vie, même lorsqu’il était gravement malade, il nous donnait espoir, tellement sa volonté de vivre était forte », explique-t-elle.
Né le 27 août 1943 à Meboa, petit village situé à quelques kilomètres de Zoétélé, Richard Zeh Mgbwa est très vite touché par le virus de la musique qu’il hérite d’ailleurs de son père Mbgwa Melounou. Ce dernier était un grand balafoniste animateur des plus grandes fêtes populaires organisées dans le Sud-Cameroun durant la période coloniale. Alors qu’il vient d’achever ses études primaires couronnées par un CEPE, on le retrouve en train d’animer les surprises parties et les fêtes de mariage avec son balafon à Elig-Mfomo en pays Eton où vit sa famille. De retour à Zoétélé, il est en classe de 3e lorsqu’il décide de laisser tomber l’école pour suivre le chemin de la musique. Cette décision lui vaudra les foudres de son père qui tenait à voir son fils achever ses études secondaires et universitaires. Mais Mgbwa Melounou reviendra sur sa position et offrira publiquement des baguettes de balafons à son fils, pour qu’il puisse perpétuer cet art.
Baguettes de rêve
Quelques jours après cette cérémonie familiale, Richard Mgbwa reçoit en rêve deux autres baguettes de balafons données par « quelqu’un qui semblait venir du ciel ». Il fonde alors un orchestre de balafonistes. Il voyage à travers toute la province du Centre-Sud de l’époque et séduit les populations par sa connaissance du « medjang ». Lors d’une fête animée au palais présidentiel en 1970 à l’occasion des 10 ans de l’indépendance du Cameroun, Ahmadou Adhidjo, le premier président du Cameroun est littéralement marqué par ce balafoniste de génie. Richard et son groupe sont enregistrés parmi les valeurs sûres de la musique camerounaise. Cela lui vaudra des tournées en Europe, en Amérique latine, dans les pays du Golfe et en Afrique. Ils sont au sommet de leur art
Mais, au début de la décennie 80, c’est le déclin. Bien que toujours célèbres, Richard Mgbwa et sa bande sont ignorés dans les manifestations publiques au point de se retrancher dans leur fief du Dja et Lobo. La traversée du désert va durer 15 ans. Les musiciens se découragent, Richard essaye de tenir. Mais, pas pour longtemps. Il sombre ainsi dans l’alcool et la cigarette. Ses nombreux appels adressés au tout nouveau ministère de la Culture pour sauver le patrimoine qu’est le balafon restent sans réponse. Téméraire, Richard décide de renaître coûte que coûte en ressuscitant le Richard Band de Zoétélé avec à ses côtés ses deux frères cadets. Lors d’un passage à Zoétélé où ils animaient tous les soirs un bar populaires, le propriétaire d’un petit cabaret les remarque et décide de les faire venir à Yaoundé tous les week-ends. Le Richard Band renoue ainsi avec la capitale où ils va étaler son professionnalisme.
Artiste jusqu’à la mort
La rencontre avec Jean Pierre Djemba est tout à fait hasardeuse. Il se trouve que ce dernier a son domicile à proximité du cabaret. Gênés par le brouhaha, Jean Pierre Djemba veut convaincre ses voisins de rédiger une pétition contre ces gens qui font du bruit toute la nuit. Mais lorsqu’il vient voir de quoi il est question, il découvre un peu comme ébloui, les merveilles du Richard Band. Les contacts sont établis et la décision de produire le groupe est prise. Pas moins de 6 séances de studio à Douala, et l’album à succès « Evénement » sort. C’est d’ailleurs au cabaret « lave parc » où il avait l’habitude de venir les voir que l’artiste Richard Amougou reprend le même titre dans son album.
Richard Mgbwa voyant se dessiner un nouveau plan de carrière décide d’arrêter alcool et cigarette. Trop tard. Quelques semaines seulement après la sortie de l’album, il est admis à l’hôpital central dans les services du Dr Etoundi. Amaigri et couché dans son lit d’hôpital Richard a son cœur aux côtés de ses compagnons. Aussi n’hésite-t-il pas, malgré la protestation des médecins et de son épouse à arracher sa perfusion et se rendre à la soirée de dédicace de l’album de son groupe en février dernier. C’est au cours de cette soirée que séduits par son talent les organisateurs du tour cycliste du Cameroun l’invitent à venir animer la clôture de leur manifestation au boulevard du 20 mai. Toujours aussi généreux, Richard viendra jouer du balafon pour la Fécacycliste. Hélas : le petit cachet de 100 000 FCFA à lui promis ne lui a jamais été payé, malgré l’insistance de la famille lorsque ce dernier était de plus en plus mal en point…
C’est donc ce grand artiste, pétri d’expérience et à la générosité facile qui s’en va à 60 ans alors que se préparait la célébration des 40 ans de son groupe à travers une tournée nationale. Il laisse à ses fans ses mémorables compositions telles que « Ahuda » (une nuit), “Eyong me orbe Mongo Sikolo » (quand j’étais un petit élève) « Abui Sili » en hommage à une de ses danseuses, ou encore « Bi Nga too bibé » (Nous sommes à deux).
Ainsi, même mort, Richard Mbgwa Zeh continuera à faire danser.

Le consultant en football de la Crtv s’est éteint hier après midi à l’hôpital de la Cnps des suites d’un malaise.

christelle Hier en début de soirée, la nouvelle est tombée tel un couperet. Daniel Jean Pierre Ndjemba Elemva, 59 ans, ancien footballeur et international camerounais qui officiait depuis quelques mois comme consultant à la Crtv est décédé. Dimanche déjà, il n’a pas tenu le rendez-vous de sa chronique dans le magazine dominical du Poste national de la Crtv. Les auditeurs ont eu droit à une rediffusion au sujet de la faillite de Gbs. Ce fils de la Vallée du Ntem devait se rendre dans la soirée de dimanche à Douala où il était l’invité de l’émission  » l’Arène « , diffusée sur Canal 2 et présentée par Jules Domche.

C’est au moment de prendre la route qu’il aurait été pris d’un malaise dont il ne se remettra pas. Transporté au centre hospitalier de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps), celui qui avait annoncé il y a quelques semaines sa candidature à la présidence de la Fécafoot va y rendre l’âme. S’il est vrai qu’il nous était apparu très affaibli ces derniers temps, les mots de Jean Pierre qui traînait par ailleurs une toux récalcitrante depuis des mois, n’avaient en rien perdu de leur virulence. Depuis l’annonce de son décès, les nombreux coups de fils en direction de son téléphone portable tomberont sur son frère aîné, l’ancien capitaine des Lions indomptables, Emmanuel Mvé Elemva.

Ancien footballeur professionnel au parcours international rempli de nombreuses zones d’ombres, Daniel Jean Pierre Ndjemba Elemva, dans ses derniers mois passés sur cette terre, aura été un véritable va-t-en-guerre. Candidat au poste de directeur général de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) en 2006, postulant comme entraîneur sélectionneur des Lions indomptables une année plus tard, celui que l’on appelait affectueusement  » Jean Pierre  » avait fait de la présidence de la Fécafoot son nouveau (le dernier aussi) cheval de bataille. Aidé en cela par celui qu’il considérait comme son  » ami « , le ministre des Sports et de l’Education physique (Minsep), Thierry Augustin Edjoa. Connu pour son engagement dans la défense du slogan le « football aux footballeurs « , Daniel Jean Pierre Ndjemba n’aura jamais réussi à faire l’unanimité, même pas entre les anciens footballeurs qui étaient nombreux à lui reprocher  » sa grande gueule « .

Promoteur de la Dynamique des amis du football (Daf) et directeur de publication du magazine « 10 de Daf », Jean Pierre était un amoureux des médias et ne loupait aucune occasion d’exposer son savoir et sa science de la chose footballistique sur des antennes de radios, dans les colonnes des journaux de la place ou sur le petit écran de la Crtv dont il était le consultant attitré en matière de sports en général et de football en particulier. Amateur de musique, l’on se souvient qu’avec son épouse Nicole, il a produit le célèbre groupe  » Richard Band de Zoétélé  » et son titre à succès  » Evénement  » en 2003.

Très entreprenant, Jean Pierre est à l’origine de nombreux concepts qui n’ont malheureusement jamais traversé l’étape de la conception. Sa mort laissera, à n’en point douter, un grand vide, non seulement dans les cœurs de sa famille et de ses proches, mais également dans ceux de nombreux amoureux du ballon rond qui se souviennent tout de même que s’il n’a pas eu la carrière internationale de son aîné, Daniel Jean Pierre Ndjemba Elemva était quand même un footballeur doué d’un talent certain.

Cet article est un hommage au Professeur Eno Belinga, qui nous a quittés le 9 mai 2004 à 70 ans. Géologue de formation, ce savant éclectique, cet universitaire universel était devenu par passion un poète et surtout un grand musicologue… A l’époque où naissait la chanson moderne africaine, Eno Belinga a été (ainsi que Francis Bebey) l’un des premiers à étudier en profondeur,  » de l’intérieur  » le patrimoine poético-musical dans lequel elle s’enracine : celui des  » chantefables « , auxquelles il a consacré un ouvrage fondamental. (*)
La  » chantefable  » est beaucoup plus qu’une chanson. C’est à la fois un divertissement, souvent très débridé, et un genre lyrique majeur, destiné à transmettre la mémoire collective d’une communauté, l’enseignement moral et pratique de son expérience historique.  » Moral  » mais surtout pas  » moraliste  » car la chantefable est souvent très crûment érotique, permissive et même subversive. Son thème peut être un conte bref et simple, ou bien un fragment des grands récits mythiques, qui au Cameroun ont l’ampleur et la complexité des épopées antiques, des gestes et des sagas de l’Europe médiévale ou de l’Inde ancienne.Musicalement la chantefable se présente comme performance soliste alternant chant et récitation, danse et mime, souvent accompagnée d’un instrument à cordes et de percussions, ponctuée d’interventions fréquentes de l’auditoire.
Si la chantefable existe ailleurs (notamment chez les Inuit), c’est sans aucun doute en Afrique centrale, et surtout au Cameroun qu’elle a conservé jusqu’à nos jours le répertoire le plus abondant et diversifié. Il est probable que les Baka (vulgairement appelés pygmées), qui en sont d’intarissables créateurs, ont transmis cet art lyrique aux peuples bantous du centre et du sud du pays, qui se le sont approprié en y ajoutant une dimension épique et guerrière dont le  » Mvet  » des Fang est l’exemple le plus élaboré.
L’orphelin et la princesse : richesse de la musique, misère du musicien
Pourquoi insister autant sur l’importance de la chantefable au Cameroun ?
Parce qu’elle reflète et résume tout le contexte social et esthétique dans lequel la chanson camerounaise a évolué jusqu’ici, sans aucune rupture décisive entre la vie rurale et la modernité. Mieux, Eno Belinga a démontré magistralement l’existence, dans ce pays présumé  » illettré  » avant la colonisation, d’une écriture symbolique et subliminale : celle du jeu de société  » abia  » dont chaque pion est gravé d’un idéogramme correspondant à une chantefable…(à cet égard il serait sûrement passionnant de comparer ces hiéroglyphes à ceux qui ornent les poids à peser l’or des Akan de Côte d’ivoire et du Ghana).
Parmi les chantefables dont Belinga donne la transcription, l’une des plus jolie et édifiante me semble parfaitement décrire la condition du musicien camerounais.
Elle s’intitule  » L’Orphelin et la Princesse « . En voici le début :  » Un orphelin vivait seul, à l’écart de la société et personne ne s’occupait de lui. Par bonheur il avait un extraordinaire talent de musicien ; de sa propre invention il fabriqua un jeu de balafons et se mit à jouer. (…) De l’aurore jusqu’au couchant, le petit musicien chantait et jouait. (…) A la longue, ceux qui s’attendrissaient en l’écoutant prirent l’habitude de lui offrir de maigres portions alimentaires. On s’arrêtait devant son logis mesquin mais on n’entrait point chez lui ; les gens s’amusaient de lui et chuchotaient qu’il était pouilleux, galeux, teigneux…  »
La chantefable aime rarement le  » happy end  » hollywoodien. Mais cette fois, une belle et riche princesse venue de loin succombera au talent de ce musicien orphelin et l’épousera :  » transfiguré, il ne joua plus jamais que pour elle !  »
Sauf chez les Baka (pour qui la musique reste un art de vivre et non de gagner sa vie), je n’ai jamais rencontré un musicien heureux au Cameroun. Il suffirait pour actualiser la chantefable de remplacer le mot  » princesse  » par  » émigration  » ou  » world music « . Car cette belle et riche princesse venue de loin est devenue le seul espoir pour les orphelins misérables que sont la plupart des musiciens camerounais. Espoir le plus souvent très vain et même insensé…
Le journaliste, le musicologue  » du Nord  » qui met le pied dans ce pays est aussitôt confronté à un profond désarroi doublé d’un immense désir, et s’il n’y prend garde, il suscitera de cruelles et rancunières déceptions, à la mesure des faibles chances d’émigration que représente sa seule apparition. Pourquoi ce problème m’est-il apparu plus dramatique au Cameroun que partout ailleurs en Afrique ? La réponse est double, et contrastée.
Pour le négatif : je n’ai jamais visité aucun pays où les musiciens soient aussi divisés par la concurrence, par des querelles souvent dérisoires et généralement personnelles, par l’incapacité d’envisager la musique comme un art collectif, et un orchestre comme une famille durable. Je n’ai jamais visité aucun pays où le droit d’auteur soit aussi bafoué, ignoré, et où les professions artistiques soient aussi méprisées par un pouvoir qui par ailleurs sait faire preuve d’une redoutable efficacité policière dès que sa propre survie est menacée…
Pour le positif : je n’ai jamais visité aucun pays où le talent, voire le génie musical soit aussi banal. Un seul village du Cameroun peut receler autant de musique, en diversité et en ingéniosité, qu’on en peut trouver ailleurs dans une grande ville ! En témoignent la réputation et le succès remarquables des musiciens camerounais à l’étranger : à Paris, à Londres ou à New York, le passeport camerounais est devenu un laisser-passer dans le jazz, la pop et la  » world music « .
Un soir au village
La musique camerounaise est le produit d’un paysage culturel exceptionnel : une  » Afrique en miniature  » où chacune des quelque 286 ethnies s’efforce de préserver son propre héritage ; un pays qui a profité autant que souffert de ses mises sous tutelles coloniales (comptoirs marchands, mandats) ; un territoire qui s’étire de la forêt tropicale au Sahel ; enfin une côte océanique qui a fait du Cameroun la première porte de l’Afrique noire pour le monde extérieur, depuis sa découverte par le navigateur carthaginois Hannon.
2000 ans après, le Cameroun est probablement le pays qui offre le panorama musical le plus diversifié de la planète, et aussi le plus contrasté, écartelé entre des traditions sans doute plus que millénaires (comme celle des Baka) et les dernières danses à la mode venues de Paris ou d’Abidjan – le  » coupé-décalé  » fait en ce moment un malheur dans les discothèques de Douala et de Yaoundé !
Impossible de décrire en quelques lignes le patrimoine musical camerounais… On se contentera d’en recenser l’essentiel, réparti en trois grandes régions :
1) dans le Nord musulman et sahélien, la musique a toujours été l’un des rares facteurs d’harmonie à travers les conflits endémiques entre autochtones sédentaires (Kanuri, Kutin, Mandara, etc.), éleveurs peul et marchands haoussa, dont les musiques de cour restent très vivaces. Les instruments principaux (flûtes, hautbois, luths à deux cordes, longues trompes en métal) sont à peu près les mêmes qu’au Niger, à l’exception de la harpe arquée à cinq cordes, à la caisse couverte d’une peau de lézard  » varan « , qui est devenue l’emblème identitaire de la région…
2) les  » Grasslands  » du centre-ouest, moins islamisés et très attachés à leurs traditions animistes, sont l’une des rares régions de l’Afrique où les masques demeurent omniprésents, accompagnés d’une exceptionnelle variété d’instruments : flûtes et sifflets, lamellophones, xylophones, cloches et tambours de toute sorte…
3) au Sud, l’influence des Baka est très sensible dans les styles vocaux de la plupart des ethnies (chantefable, polyphonie, yodel). Les ensembles de xylophones (généralement portatifs) galvanisent les danseurs. Le chant est accompagné par les cordes : arc musical, harpe à huit cordes  » ngombi  » et surtout la magnifique harpe-cithare  » mvet  » – à quatre cordes tendues sur un chevalet, la tige en raphia étant munie de résonateurs en calebasse.
J’ai presque honte de conclure ainsi cet aperçu sommaire du patrimoine musical traditionnel camerounais, encore si méconnu et dont un simple inventaire mériterait mille pages ! La question que tout le monde se pose est celle de sa survie, et ma réponse sera en demi-teinte : partout où je suis allé (surtout dans le Sud), j’ai constaté un attachement très actif, très émouvant à cet héritage de la part des musiciens eux-mêmes, et de la population paysanne. Mais aussi une grande indifférence pour ne pas dire un mépris scandaleux de la part des  » élites « , des  » officiels « , de ceux que les colons appelaient jadis  » les assimilés  » ou  » les éduqués « , ceux dont dépend aujourd’hui entièrement la sauvegarde de ces trésors si fragiles du  » patrimoine immatériel de l’humanité « , comme on dit à l’Unesco.
Le village, la ville et l’exil
Frontière entre l’ouest et le centre du continent, la région de Douala a été le berceau de la musique moderne camerounaise dès les années 1900. L’accordéon et l’harmonica, originaires d’Allemagne, se sont répandus dans le sud du pays à l’époque de la brève colonisation germanique (avant 1916). Il en subsiste un style de danse joyeux et original encore assez vivace dans les villages béti et boulou, le  » bol « , accompagné d’un accordéon diatonique et de diverses percussions.
Puis les fanfares militaires anglaises et françaises ont répandu l’usage des cuivres et des instruments à vent occidentaux en général. Quant à la guitare et au banjo afro-américain, ils ont été introduits par les musiciens de  » highlife  » venus du Ghana et du Nigeria, et surtout par les  » Kroumen « , ces pêcheurs du Liberia et de l’ouest de la Côte d’Ivoire qui se sont recyclés en matelots sur les navires de cabotage et de commerce transatlantique dès le début de l’époque coloniale.
Les Kroumen ont aussi importé au Cameroun, dès les années 1940-50, des rythmes afro-caraïbes comme le merengue dominicain.
L’une des particularités de la musique camerounaise urbaine, c’est que contrairement à ce qui se passe dans les pays voisins, elle n’a jamais rompu avec l’usage des instruments autochtones : les lamellophones (sanza) et surtout les xylophones y ont pris une large part. L’exemple le plus fameux est le Richard Band de Zoetele, fondé par Nze Richard dans les années 1960 (il remporta un triomphe au Festival Panafricain d’Alger en 1969) et qui existe toujours. Sur son modèle, d’innombrables ensembles de xylophones ont essaimé dans le centre et le sud du pays, s’appropriant tous les styles de danse à la mode, du mambo cubain au ndombolo congolais. Il suffit de faire le tour des bars de Yaoundé un samedi soir pour mesurer la vitalité de cette musique  » tradi-moderne « .
Les églises ont joué un rôle important dans cette préservation du patrimoine instrumental : les Chanteurs à la Croix d’Ébène de Pie-Claude Ngumu, prêtre catholique et musicologue, ont généralisé dès les années 1950 l’emploi des xylophones, des tambours et des cithares dans les offices religieux.
Mais c’est dans un tout autre contexte qu’est née la musique moderne camerounaise. Et tout se passe comme si son destin était l’exil dès sa naissance.
Au lendemain de la II° Guerre Mondiale, Douala connaissait déjà une intense activité musicale. Mais pas autant que Santa Isabel (aujourd’hui Malabo, la capitale de la Guinée Équatoriale) qui était à l’instar de La Havane pour les Américains une sorte de lupanar, de paradis touristique et de zone franche pour les colons européens : ses dizaines de bars, de boites de nuit et de casinos y étaient animés par des artistes venus de Douala. De cette époque date l’éclectisme et le nomadisme étonnants du musicien camerounais, capable de jouer toute sorte de musique et prêt à voyager jusqu’au bout du monde pour exercer un métier qui chez lui n’est toujours pas reconnu comme tel.
La leçon du makossa
A Mvog Ada (un quartier de Yaoundé), dans quelques bars aussi historiques qu’interlopes comme  » Chez Angèle « , on peut encore découvrir la quintessence de la musique urbaine camerounaise : l’  » assiko « , joué par des guitaristes frénétiques et dansé par des acrobates-percussionnistes ahurissants dont une bouteille de bière est l’accessoire unique et l’instrument principal. Faute de producteur intelligent aucun disque à ce jour n’a su capter cette pure folie, cette excitation virtuose de tous les sens. L’assiko, quoique d’origine exotique (ghanéenne et nigériane) est revendiqué par les Bassa, comme l’  » ambasse-baie  » l’est par les Douala et le  » mangambe  » par les Bamileke. Mais les querelles de paternité ethnique n’ont guère de sens dans un pays où heureusement, tout le monde a appris depuis longtemps à vivre ensemble au son des musiques de tout le monde.
Ainsi le makossa, s’il tire son origine des comptines enfantines des Douala, est devenu dans les années 1960-70 la musique fédératrice de tous les Camerounais. Les influences congolaises ou même antillaise y sont telles qu’à part la langue du chanteur il est souvent difficile de distinguer (à partir des années 1980) un makossa d’un soukouss, mais qu’importe ! Dans l’expansion de la musique camerounaise moderne, ce qui compte le plus n’est pas ce qui la divise mais ce qui la rassemble : une extraordinaire prolifération des talents musicaux, dont les enregistrements innombrables ne donnent le plus souvent qu’un très pâle reflet. Car il y a depuis toujours un abîme entre la vie musicale camerounaise et son expression discographique, qui est principalement l’œuvre de producteurs excellents mais émigrés, et qui ont vite fait de perdre tout contact direct avec ce qui se passe au pays. Le mépris et l’indifférence dont sont victimes chez eux les musiciens camerounais ont fini non seulement par pousser les meilleurs à l’émigration, mais encore pire à les dissuader d’entretenir des liens solides avec la scène camerounaise.
Existe-t-il d’ailleurs une  » scène musicale camerounaise « , sinon à l’étranger ? Depuis vingt ans la majeure partie de la musique camerounaise dite  » moderne  » a été enregistrée à Paris, grâce à des musiciens reconvertis dans la production comme Toto Guillaume ou Aladji Touré. Leur talent n’est pas en cause, mais quiconque a séjourné au Cameroun ces dernières années sait que le potentiel de ce pays est au moins aussi formidable sur le plan musical que dans le sport ! D’ailleurs il suffit qu’un bon musicien camerounais s’évade de ce système pour qu’il devienne aussitôt une star internationale (de Manu Dibango à Richard Bona)
L’assassinat du bikutsi
L’exemple le plus absurde (et même tragique) de l’incapacité totale du Cameroun à préserver et à promouvoir son trésor musical est évidemment la faillite totale et incompréhensible du bikutsi. On peut parler à ce sujet d’un grave échec politique, puisque cette musique géniale est celle des Béti, l’ethnie du Président  » à vie  » Paul Biya, qui a toujours prétendu en être le défenseur en se donnant à l’occasion l’allure d’un mélomane.
Si le  » makossa  » des Douala a réussi à franchir les frontières du Cameroun pour devenir l’un des premiers viviers de la  » world music « , le Cameroun n’y est vraiment pour rien. Le moins qu’on puisse dire est que Manu Dibango n’a guère été aidé par son pays (dont il était quasiment banni à l’époque) lorsqu’il l’a fait connaître aux mélomanes du monde entier grâce à son  » Soul Makossa « .
Le bikutsi est l’une des musiques de danse les plus passionnantes du monde. Danse guerrière devenue féminine, qui s’est répandue dans tout le sud du Cameroun. D’abord au son des xylophones, puis des guitares quand le génial Messi Martin, dans les années 1980, eut l’idée de transformer artisanalement cet instrument importé pour le faire sonner comme un xylophone. Ainsi le bikutsi devint une musique moderne et je me souviens du temps pas si lointain où tant de clubs à Yaoundé bruissaient de cette recréation fabuleuse.
Puis les  » Têtes Brulées  » ont fait le tour du monde. Ce n’était qu’un groupe parmi d’autres, et il a disparu comme tous les autres, à cause de la stupéfiante indifférence des élites camerounaises pour la musique et la culture en général. Même la  » maman du bikutsi moderne « , Anne-Marie Nzié, n’arrivait plus à faire vivre sa famille avant qu’un producteur français ne la ressorte de l’ombre. Pourtant, ailleurs, une star de la pop comme Paul Simon, un génie du jazz comme Jean-Luc Ponty ont fait du bikutsi la base de leurs innovations. Mais au Cameroun on préfère l’ignorer, et on écoute très peu les chanteuses émigrées qui comme Sally Nyolo ou Coco Mbassi tentent de promouvoir de façon originale ce patrimoine national.
La musique camerounaise, traditionnelle ou moderne, connaît aujourd’hui le même sort tragique que la forêt et ses habitants les Baka, qui en sont les créateurs et inspirateurs originels, et dont l’État camerounais est en train de détruire à jamais le cadre de vie et l’identité culturelle.
Aussi admirée à l’étranger que méprisée chez elle, elle est vraiment en danger. Je ne crois pas que les efforts des émigrés, même ceux de Manu Dibango, suffiront à éviter sa banalisation et sa déperdition. La seule solution, c’est que le peuple et les  » élites  » du Cameroun prennent enfin conscience du fait que leur musique est une vraie richesse, un trésor essentiel. Et surtout, que les musiciens ne sont pas des parasites mais des artistes, dont le talent, le génie contribue au développement, à la fierté, donc à la citoyenneté
Originaire du Sud méridional forestier et relégué des années durant par les citadins comme une « musique pour paysans », le bikutsi s’est finalement fait une place dans tous les lieux d’ambiance du Cameroun à la fin des années 80, grâce notamment aux Têtes Brûlées. Cette extraordinaire formation musicale, née de l’imaginaire du journaliste et artiste pluridisciplinaire (musicien, peintre) Jean Marie Ahanda, va innover en apportant au langoureux bikutsi la tonicité du phrasé des guitares rock. Au cœur de cette renaissance, le génie de deux virtuoses : le regretté guitariste Zanzibar Epeme et le bassiste Mvondo Ateba dit Atebass. Ce bikutsi venu d’ailleurs fera des émules tant auprès du public que des artistes. Très vite, de nouvelles étoiles viendront côtoyer celles du makossa qui jusque-là était le rythme national du Cameroun.
Si les étoiles du bikutsi brillent autant que celle du makossa, elles demeurent néanmoins assez rares. Très vite, certains trouveront dans le texte obscène la parade pour se hisser au top. Contre toute attente, le public adorera. On est alors au début des années 90. Cette originalité viendra plus précisément de Mbarga Soukous, un vieux briscard qui jusque-là avait du mal à sortir de l’anonymat. Il disparaîtra aussi vite qu’il était arrivé en laissant cependant un nouveau style qui fera fureur auprès du public et inspirera de jeunes artistes.
K-Tino,  » la femme du peuple  »
De ce bikutsi qui allie aux influences musicales des Têtes Brûlées un texte obscène inspiré de Mbarga Soukous vont naître de nombreuses étoiles, dont K-Tino, baptisée  » la femme du peuple  » par ses fans. Avec un texte plus suggestif que véritablement obscène, K-Tino va tirer de cette petite différence l’essence de sa longévité sous les feux de la rampe.
C’est en 1992 que le grand public découvre la grande furie. Même si la qualité sonore de son premier album Ascenseur laisse à désirer, il réunit tous les ingrédients pour accrocher le public : un texte très érotique sur un beat très enlevé. L’album est censuré dans les médias publics, seuls autorisés à l’époque à émettre au Cameroun. Mais comme cela arrive souvent, c’est la censure qui fera de cet album un tube et de K-Tino une grande vedette. Bars, taxis et boîtes de nuit diffusent le titre phare en boucle et les organisateurs de spectacles s’arrachent son auteur, une véritable bête de scène. Il faut dire que plus que le texte, c’est le fait d’avoir évoqué les frasques d’un prêtre dans l’un des titres de cet album qui a choqué le très pieux directeur général de la Cameroon Radio and Television (CRTV).
Dix années plus tard, K-Tino est restée égale à elle-même. Aidée par une parfaite maîtrise de sa langue maternelle, l’ewondo, un des dialectes du bikutsi, K-Tino propose un texte très imagé dans une langue peu accessible au citadin. Et, contrairement aux autres, on peut l’écouter à la maison sans avoir à renvoyer les enfants dans leur chambre. Il faut dire qu’en dehors de K-Tino et de quelques rares exceptions, la nouvelle génération d’artistes qui s’inscrit dans le même registre ne s’encombre pas de scrupules et encore moins de morale. Le texte est obscène à souhait, dans un langage qui emprunte au français et à l’argot pour être compris de tous. Les refrains dans le bikutsi d’aujourd’hui sont d’ailleurs très évocateurs. Entre les  » Je baise ta mère  » de Richard Amougou et  » Ton caleçon fait quoi chez moi  » de Racine Sagath, on peut se faire une idée des textes en langue locale que ponctuent ces refrains. Paradoxalement, ceux qui s’en offusquent dans la journée sont omniprésents dans les cabarets de bikutsi où règne en général une ambiance très chaude et très érotique qu’on ne trouve nulle part ailleurs au Cameroun.
Petit Pays,  » turbo d’Afrique  »
Aujourd’hui, K-Tino partage l’affiche avec celui qui est considéré au Cameroun comme le maître des lieux : Petit Pays. C’est lorsqu’il pose nu pour l’affiche d’un de ses albums que Petit Pays, déjà très écouté, va décupler sa popularité et déchaîner les passions. L’affiche, interdite par les autorités administratives dans de nombreuses villes du pays, va faire courir le public vers la cassette et les CD. Mais elle n’est qu’un signe d’un changement radical du style de l’artiste.
Artistiquement, Petit Pays passe du makossa à l’ancienne au zingué qui est un mélange de makossa et de soukous congolais. Il s’accompagne d’un texte qui se résume en une liste infinie de noms de personnes connues et surtout inconnues, ponctuée par un refrain qui s’inspire avec modestie de celui du bikutsi. Mais Petit Pays n’en restera pas là. Le petit gars très réservé qui a fait son entrée dans la musique et dans les hit-parades au milieu des années 80 adopte un ton très provocateur. De  » l’avocat défenseur des femmes  » qu’il était devenu grâce à un texte à leur gloire, il se rebaptise  » le Turbo « . Puis, à la veille d’un concert du Congolais Koffi Olomidé au Cameroun, il devient le  » numéro un mondial  » et refuse de faire la première partie de Koffi qu’il considère moins important que lui. Après la chute d’un monstre sacré, Lapiro de Mbanga, qui s’était emmêlé les pieds dans la politique, le public camerounais vient de se trouver une nouvelle idole. La musique de Petit Pays devient un modèle repris par tous les jeunes musiciens de Douala, terre d’origine du makossa. On emprunte même à la pop star son timbre vocal, au point qu’il faut écouter de nombreuses fois un titre de Sammy Dicko pour se rendre compte qu’il ne s’agit pas de Petit Pays.
Autour de ces deux icônes de la chanson camerounaise gravite une flopée de petits satellites dont le plus connu est certainement, pour le bikutsi, le groupe Richard Band de Zoetélé qui a remis le balafon au goût du jour grâce à son tube  » Evénement « , extrait d’un album entièrement réalisé avec cet instrument traditionnel. Pour le makossa, Longué Longué qui fustige le néocolonialisme et les systèmes politiques africains est actuellement l’un des prétendants sérieux au trône de Petit Pays.
La  » world music « , musique pour l’étranger
Toutes ces figures de proues demeurent quasiment inconnues hors du territoire camerounais. A l’international, la chanson camerounaise a d’autres porte-étendards beaucoup plus sérieux : Manu Dibango, Richard Bona, Sally Nyolo, Yannick Noah, pour ne citer que ceux que la piraterie, les chaînes câblées et quelques organisateurs de spectacles ont permis au Camerounais de découvrir et d’apprécier. Mais ce n’est certainement pas le grand public camerounais qui, malgré le respect qu’il leur témoigne, en ferait ses idoles. Ces vedettes de la diaspora ont leurs fans ailleurs, dans la jet set locale et auprès des classes moyennes et des expatriés blancs.
Ici, on parle de  » world music  » pour faire la différence entre cette musique mieux élaborée et plus rigoureuse et les productions locales. Pourtant, on reconnaîtra aisément le makossa dans l’œuvre de Richard Bona, de Manu Dibango ou d’Henry Dikongué et le bikutsi chez Sally Nyollo. Mais ce n’est pas le raffinement et la rigueur qui font des tubes au Cameroun.
Musiciens dans le dénuement
Ce tableau idyllique, fait de vedettes très populaires et de fans par milliers, n’est qu’un pan de la réalité de l’industrie du spectacle au Cameroun. L’absence d’infrastructures, la piraterie, la gestion chaotique de la défunte SOCINADA (Société civile nationale du droit d’auteur) et l’absence de statut pour les artistes et de réglementation des activités artistiques et culturelles réduisent les musiciens au dénuement total. On s’en sort le temps qu’un album fasse route dans les médias et les bars et attire des contrats de spectacle. Puis, trois mois plus tard, retour à la case galère.
Les espoirs sont aujourd’hui mis du côté des réformes entreprises par le gouvernement, dont la plus importante est certainement la nouvelle loi du droit d’auteur et des droits connexes qui permet la création de quatre nouvelles sociétés d’auteur dont trois sont déjà opérationnelles : la Cameroon Music Corporation (CMC) qui regroupe les musiciens, éditeurs et producteurs de musique, la Société civile des droits de la littérature et des arts dramatiques (SOCILADRA), la Société civile des auteurs d’arts plastiques (SOCADAP). Mais comme en Afrique le fossé est souvent très grand entre les textes de loi et leur application, comme dirait l’homme de la rue au Cameroun, on attend !
Le Balafon est un xylophone composé d’un support en bois (pour la meilleure qualité) ou en bambou, sur lequel sont disposées des calebasses (caisse de résonance) surmontées de lames de bois de tailles croissantes. Les calebasses, de tailles croissantes également et dont la note de résonnance est similaire à celle de la lame, sont percées d’un ou plusieurs trous, recouverts traditionnellement d’une toile d’araignée ou plus couramment d’un petit film plastique ou de papier à cigarettes. En Afrique de l’ouest, plus particulièrement au pays Mandingue d’où il est originaire, le balafon est joué par des griots.
Le nombre de lames du balafon varie en fonction de la région où il est joué, et de l’accord qu’on veut lui donner.
Il existe deux sortes de balafons :
- Le balafon « Guinéen » ou diatonique constitué de sept notes formant une gamme majeure qui possède les mêmes écarts entre les notes que la gamme de « do ».
Les lames de bois du balafon diatonique sont plus épaisse mais moins large que le balafon pentatonique, la note devant être plus haute.
- Le second balafon est constituée de cinq notes formant une gamme pentatonique. Dans cette catégorie, deux gammes sont principalement jouées :
1° – La gamme appelée Dioula bala qui est la plus couramment utilisée.
2° – la gamme « Banbara gamme », « Banbana gamme » ou « Bamana gamme » selon les prononciations.
Pour différencier les deux gammes, Inizo Coulibaly notre fabriquant ne change qu’une note sur les cinq. La note de départ des deux gamme n’est pas la même mais fais partie des quatre notes communes. La valeur des écarts entre les notes est identique dans les deux gammes, il y a toujours trois écarts d’un ton et deux d’un ton et demi, c’est la combinaison de ces écarts qui est différente.
en partant des graves vers les aigus)
1 ton; 1ton1/2; 1 ton; 1 ton1/2; 1 ton, pour Bambara gamme.
1 ton1/2; 1 ton; 1 ton; 1 ton1/2; 1 ton, pour Dioula bala.

Exemple:
Banbara gamme : ré mi sol la do (ré
Dioula bala : mi sol la si ré (mi

D’autres gammes pentatoniques existent également comme Bobo bala ou encore Bala Bouaba qui est spécifique aux balafons courbés en demi cercle incurvé utilisé pour les funérailles.
La fabrication du balafon dans les règles de l’art n’est pas une mince affaire si l’on veut produire un instrument de qualité.
Cela nécessite une très bonne connaissance du bois nommé « Gwéni » ou « Guéni » utilisé pour la confection des lames.
Pour que cette dernière résonne correctement et ne se désaccordes pas, il faut qu’elle soit complètement sèche.
Les fabricants sérieux et expérimentés comme Inizo Julien Coulibaly, ou son père avant lui, vont chercher dans la brousse des arbres qui sont « mort de vieillesse ».
Ce bois spécifique s’est vidé naturellement de sa sève et n’a plus ce que l’on appelle « aubier » qui est la partie blanche et vivante qui se trouve entre le centre du tronc (ou le coeur de l’arbre) et l’écorce.
Comme ce bois est extrêmement dur il n’est pas attaqué par les termites. Il faut évidement parcourir des distances de plus en plus considérables pour s’en procurer.
Cette récolte ne participe en rien à la déforestation causée par l’arrachage d’arbres en pleine santé. Au contraire, elle favorise le développement des jeunes arbres.
Une des difficultés quand on veut se procurer ce bois est de savoir éviter les tricheries comme les arbres qui ont été brûlés, simulant un feu de brousse, pour l’assécher grossièrement afin de le maquiller en arbre mort naturellement.
Lorsque le fabricant a récolté son bois, qu’il l’a débité, il lui faut ensuite le faire séjourner dans un four.
Cette opération qui ne se fait que les jours sans vent a pour but de resserrer les pores du bois pour le durcir et le vider complètement de tout liquide.
Cette opération qui peut être répétée plusieurs fois est fastidieuse, elle nécessite une surveillance de tous les instants, le jour comme la nuit.
Le balafon, bala ou balani est un instrument de percussion idiophone originaire d’Afrique occidentale. C’est une sorte de xylophone, soit pentatonique, soit heptatonique. En malinké, « balafon » vient des termes bala (l’instrument) et fon (sonne
On retrouve des balafons dans de nombreuses régions d’Afrique, tous différents les uns des autres. Certains sont très sophistiqués, d’autres très simples; d’autres encore sont gigantesques. Cependant, on peut remarquer que deux types de balafons tendent à se « démocratiser » en Afrique occidentale :
• Bala est le balafon à grosses calebasses, et lames larges (régions de Kolokani et Bobo Dioulasso entre autres), aux sons graves.ééé[réf. nécessaire] Ce balafon est parfois appelé Bala dioula ou Bala sénoufo. Le nombre de lames qu’il comporte et la manière de l’accorder varient en fonction des régions, mais les balas de 14 à 18 lames en accord pentatonique sont les plus fréquents.
• Balani (ni est un diminutif), est le balafon à petites calebasses, aux lames étroites (3 à 4 cm)ééé[réf. nécessaire], usuellement utilisé dans les orchestres, et à la tessiture plus élevée mais à l’ambitus généralement égal ou plus faible que le Bala. Il comporte généralement 21 lames. Aujourd’hui, l’accord le plus souvent rencontré est diatonique. Traditionnellement, l’accord serait plus proche d’un accord équiheptatonique, très différent du système musical occidental
Le premier balafon serait né dans le Royaume de Sosso, entre la Guinée et le Mali. Ce balafon existe encore et est nommé Sosso Bala.
On en joue soit debout avec des sangles soutenant le balafon, soit assis, et on le frappe au moyen de deux baguettes recouvertes de caoutchouc.
Un orchestre est souvent composé de trois balafons, un grave, un médium et un aigu accompagnés de tambours verticaux djembé et de tambour d’aisselle tama. Au Cameroun, certains orchestres comportent aussi un saxophone, ce qui permet à la musique traditionnelle d’évoluer.
Parmi les joueurs de balafon, on trouve El Hadj Djeli Sory Kouyaté, Mory Kanté, Adama Condé, Aly Keita, Gert Kilian le balafoniste blanc, Moussa Héma, Seydou Diabaté dit « Kanazoé », Amadou Kienou.
Un festival qui lui est consacré, Triangle du balafon, se déroule chaque année à Sikasso (Mali). La construction d’un musée du balafon est prévue à Sikasso, à Bougoula-Hameau[1].

( 7 juillet, 2011 )

Le makossa

C’est véritablement autour des années post deuxième guerre mondiale que l’on peut situer les débuts de la musique camerounaise moderne. C’est-à-dire la musique camerounaise non-folklorique. Une recherche dans les archives des maisons de disques « Ngoma », « Opika » et « fiesta »

présentent une femme: Marcelle Ebibi, comme pionnière de la musique camerounaise. De cette dame qui chantait en langue Ewondo et en langue lingala à X-Maleya aujourd’hui, on peut dire que beaucoup d’eau a coulé sous le pont.Le projet d’ »arc-musica » du discographe allemand Joachim Oersler estime à plus de 20.000 thèmes, le patrimoine sonore des cinquante premières années de la musique camerounaise moderne. Et c’est peu dire. »Hot koki » de Tala André Marie plagié par James Brown, « Soul Makossa » de Manu Dibango copié par Michael Jackson et Rihana, Tim and Foty pastiché par Miss Eliot et Waka-Waka des Zangalewa repris par la méga star Shakira, autorise à parler d’un dynamisme de la musique camerounaise.

Accouchement difficile

La musique camerounaise surgit dans un conteste difficile marqué d’une part par le darwinisme de la rumba congolaise hyper diffusée par la célèbre Radio Léopoldville et les variétés euro-américaines et antillaises (Rock, Jerk, twist, Soul, Valse) d’autres part (Compa, Boléro, Biguine, merengue etc.) l’environnement sociopolitique de l’époque n’aura pas arrangé les choses car, la guérilla des indépendances de l’Union des Populations du Cameroun (U.p.c) pousse les autorités à recourir aux mesures d’exceptions à savoir , l’état d’urgence, l’état d’exception, le couvre-feu permanent. Un tel contexte n’était pas propice à la vie nocturne qui comme on le sait est pour la musique une rampe de lancement à savoir : bar dancings, les cabarets, les clubs et les boites de nuit. C’est donc héroïquement que la musique camerounaise va émerger. D’abord l’Assiko qui se jouait dans les palm wine bars les « kwaba bar » ensuite le Makossa, le Bikutsi, le Mangambeu etc.

2. Etat des lieux

La marque particulière de la musique camerounaise réside dans sa diversité et son éclectisme. On peut distinguer principalement la musique d’inspirations patrimoniale : l’Assiko (bassa, béti, bulu), le Makossa, le Bikutsi, le Tchamasi, le Mangambeu, le Gandjal, le Bend-skin, le Patengué, l’ambass bey;

Les genres d’origine étrangère par effet portuaires et urbain interposé: le Merengue, la rumba, le jazz, la salsa, le disco, le funk, l’Afro beat, le Soukous, le Dombolo, le rap, la biguine, le zouk-chiré, le zouk-love, le rock etc.

L’expansion ne va d’ailleurs pas tarder. Manu Dibango est, dès 1972, sacré première star africaine internationale. le Makossa ira à la conquête de l’Afrique et du Monde, soutenu en cela par la fameuse « équipe nationale du Makossa » basée à Paris et s’articulant autour de Toto guillaume, Aladji Toure et Ebeny Donald Wesley. Le Bikutsi, à travers le groupe mythique « Les Têtes brulées » de jean marie Ahanda va brièvement suivre les pas du Makossa.

Au total, un capital de musiciens qui comptent parmi les plus demandés de l’univers du Show Business va apparaitre. Entre autre la dynastie des bassistes : vicky Edimo ,Jean Dikoto Mandengue, Long manfred, Joe Tongo, Richard BONA, Guy Christian Nsangue Akwa, Etienne Mbappe, Armand Sabal Lecco, André Manga, Noël Assolo, Noël Ekwabi, Aladi Toure; Les saxophonistes: Kako, Jimmy Sax, Ben’s Belinga. Les pianistes Justin Bowen et Douglas Mbida; les batteurs : Valery Lobe, Denis Tchangou, Wouassi Brice; les guitaristes: Vincent Nguini, Toto Guillaume, Yves Ndjock Mpouma, Martino Atangana; Les arrangeurs : Edgar Yonkeu, Georges Seba. Autant de personnalités musicales dont les noms figurent sur les fiches techniques des mastodontes du monde du show business international.

Trois faits importants sont à noter ici à savoir: l’effervescence de la musique religieuse, la monté fulgurante du hip-hop et l’irruption de la musique folklorique.

La musique religieuse, dès les années 90, est sortie des temples et des monastères pour investir les lieux mondains. Sous l’effet du groupe congolais « Makoma », les chorales vont pratiquement se laïciser et feront danser : la voix du cénacle du professeur Gervais mendo ze, J.p. Ferdinand Eteme, Ronz, Ekang Elys, Gaby Ndongo, Bayembi’s international, Odile Ngaska, Chantal Yologaza, plus récemment John Duchant et les « Nsamba Binga ».

Le hip hop quant à lui démarre en fin des années 80 avec les star-systems, devenu par la suite War-system et le Bantu Klan. Il connaitra par la suite un essor particulier avec les groupes : Etat d’urgence, Kerozene, le Zomloa Familia, Ras-cyn, Negrissim. Des personnalités vont émerger à l’instar de Dj Bilik, Krotal, Boudor, Joêl Teek, Koppo et le tout puissant Valsero. Sans oublier la diaspora très dynamique constitué du doyen Pablo Master, ensuite Ménélik, Pit Bacardi, Yannick, Bam’s pour ne citer que les plus emblématiques.

La musique patrimoniale ou folklorique n’est pas restée en marge de cette dynamique. On peut évoquer le phénomène Bend-skin avec le « Koutchouabanda », le groupe Patengue, Les orchestres balafon à travers le mythique Richard Band de Zoatélé, Akim condor, le Rocher Band de Mezesse, Chimène NGOLY, le bottel dance
La crise

Après des décennies de prospérité, la musique camerounaise va connaître une grave période de crise en amont et en aval.

En amont, une léthargie rythmique, une certaine versatilité qui l’a éloigné des racines par la copie-collée des rythmes venus d’ailleurs Zouk, Kwassa-Kwassa, Soukouss, Mapouka par exemple à cela s’ajoute un tsunami économique qui a étouffé les projets discographique en qualité et en quantité.

En effet, la récession économiques qui est intervenue dans les années mi-80 a ébranlé l’industrie musicale encore embryonnaire du Cameroun. La quasi-totalité des maisons de production à fait faillite. Ce d’autant que la musique camerounaise s’usinait à l’étranger, en France principalement, au point d’avoir statut de produit local d’importation.

En aval, on peut évoquer l’absence structurelle d’infrastructures : Studios, salles de spectacles, conservatoires. Tout comme la marginalisation et la sous estimation de la musique dans les politiques publiques. Parmi les conséquences de cet état des choses, on peut citer: la mort de tous les grands orchestres, l’expatriation professionnelle de la grande majorité de musiciens de talent vers l’occident et la quasi-absence de la musique camerounaise typique des scènes internationales voire nationales.

Pour contourner les difficultés économiques, le uns et les autres ont embrassé la cybernétique, notamment la Musique Assistée par Ordinateur.

Les « samples » les easy drum, les boucles et les programmations vont faire leur apparition. Mais la maitrise très approximatives de cette nouvelle technologie a tôt fait d’aseptiser voir déraciner la musique camerounaises qui, comme on l’observe aujourd’hui, souffre d’une crise de feeling et d’enracinement culturel. Une musique qui a cessé d’être life, vraie pour suicider son identité dans les microprocesseurs.

La musique camerounaise cinquante ans après est de toute évidence entre le marteau de la misère économique et politique et l’enclume de la crise d’identité. Pourtant son capital humain est aussi riche que son patrimoine.

Dans cette nuit noire, elle attend l’aurore de son providentiel superman.

Par Jean Maurice Noah, ethnomusicologue

( 5 juillet, 2011 )

Mbida Douglas

Jacques Douglas Mbida : Il y a eu des incompatibilités chez les Kassav
Son crâne rasé présente quelques bouts de cheveux grisonnants, mais son visage d’éternel adolescent semble défier le temps. Douglas Mbida, malgré des décennies passées dans le monde bouillant de la musique et des studios, est un grand timide – même s’il s’en défend… timidement. Les Camerounais d’une génération relativement récente ne l’ont découvert qu’au sein du mythique groupe Kassav des beaux jours. Il apprend quelques rudiments de guitare auprès du regretté Jean Akoa dit «Django», l’un des métronomes de la défense du grand Canon de Yaoundé. Ekambi Brillant contribuera à mettre de l’ordre dans ces pré requis. En France où il s’installe par la suite, Douglas Mbida est déjà un pianiste reconnu. En 1977, il s’allie à Jacob Devarieux, qu’il retrouvera plus tard au sein des Kassav, mais aussi Jimmy Mvondo Mvele ou encore Mekongo Président, pour créer le groupe Ozila qui fera un album. Le claviériste et le guitariste Devarieux, qui connaît déjà bien le milieu de la chanson camerounaise en Hexagone, mettent sur pied le Zoulou Gang qui disparaîtra lui aussi au terme d’un album. Entre-temps, l’homme est devenu un instrumentiste fort demandé sur la place parisienne. Il fait un bout de chemin en 1983 avec le Gabonais Pierre Akendengue. A titre personnel, il revendique les albums «Mot mfop» (1981), «Ma vie à moi» (1984), «Cameroon» (1987) et «Za me yen» (1992). Le sommet de sa carrière intervient avec son intégration dans les Kassav, 1983. Il y évoluera pendant 13 ans avant que le vent de l’intrigue ne s’installe.

C’est ici que beaucoup d’admirateurs perdent sa trace, avant de retrouver son voici environ 4 ans dans le générique de l’équipe technique de la chaîne 3A Télé Sud. Aujourd’hui Sound Designer à Africa 24, Douglas Mbida s’est quelque peu éloigné des studios de musique mais est resté, comme son titre l’indique, dans le son. En vacances au pays, il a été célébré le 31 janvier 2011 à Yaoundé par la communauté mvele, son ethnie. C’était la première fois que les siens l’accueillaient en si grand nombre et de manière aussi solennelle. Il en garde un souvenir fort ému. En attendant, sans doute, un titre de notabilité en reconnaissance pour son talent et ses états de service.

Qu’est-ce qui explique votre présence au Cameroun en ce moment ?
Je suis en vacances. J’essaye de venir au moins tous les deux ans, vivre les réalités du pays et rencontrer les membres de ma famille. C’est la première fois qu’au cours d’une visite au pays, la communauté mvele m’invite. Je suis d’abord membre de cette communauté avant d’être artiste. Et celle de Yaoundé a estimé que je restais souvent à l’écart.

Votre communauté vous a-t-elle attribué un titre de notabilité ?
En fait, la communauté mvele a organisé une petite cérémonie pour me souhaiter la bienvenue. En ce qui concerne le titre de notabilité, je ne sais pas ce que les membres de la communauté me réservent. Peut-être que ça viendra.

Le nom de Douglas Mbida apparaît de plus en plus dans les génériques de Télé Sud. Vous faites quoi là-bas concrètement ?
Je fais partie de l’équipe qui a créé 3A Télé Sud, mais j’ai quitté ce groupe pour rejoindre Africa 24 : ce sont les anciens de Télé Sud qui ont créé Africa 24. Du fait de quelques distensions au niveau de Télé Sud, j’ai rejoint Africa 24.

Vous avez donc mis la musique entre parenthèses ?
Pas du tout ! Quand on est musicien, on l’est à vie. Il peut arriver qu’on soit indisponible pour continuer avec la musique, du fait de nouvelles activités. Mais je reste un artiste et je continue le travail individuel. Quand je le peux, je participe à des albums. C’est vrai que ce n’est plus fréquent, et que les productions des années 80 ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Beaucoup de choses ont évolué, et beaucoup de producteurs, qui utilisaient les musiciens ont également disparu. Toutefois, la composition continue.

Pouvez-vous nous donner aujourd’hui les raisons qui vous ont fait partir du groupe Kassav ? On a évoqué un problème de xénophobie…
Déjà, il n’y a pas eu de racisme : il ne peut pas y avoir de racisme entre Noirs. Etant l’Africain du groupe, je n’ai pas senti qu’on me mettait de côté parce que tout le reste du groupe était antillais. Il faut que vous sachiez que, le jour où je suis parti, sept autres personnes m’ont suivi. C’est donc huit personnes qui, en même temps, ont quitté les Kassav. Un groupe est comme une famille. Il y a des moments où il y a une bonne entente et d’autres où ça ne marche pas. Pour qu’un groupe survive, il faut qu’il dépasse tout cela au nom de la musique.
Je vous donne un exemple : les Rolling Stones, un très vieux groupe des années 60. Ils sont toujours ensemble, tout simplement parce qu’ils ont réussi à mettre la musique au centre. Tous les deux ans, ils sortent un nouvel album, l’année suivante ils font des tournées mondiales et chacun va de son côté. Dans le groupe Kassav, il y a eu des incompatibilités d’humeur liées au fait – ce sont des petites choses qui arrivent – qu’un groupuscule de cinq personnes, qu’on appelait «les têtes d’affiche des Kassav», commençait à créer des sous-groupes. Et tout passait par eux. J’avais vu cela venir. C’est ce qui casse les groupes.
Il faut dire que Kassav avait marché pendant plus de dix ans sans problème. Il était évident qu’on allait se disloquer, vu que la maison de disques commençait elle aussi à encourager cela en disant que le groupe, c’est cinq personnes. C’était là une façon élégante de dire à ceux qui n’étaient pas contents d’aller voir ailleurs.

Qu’est-ce que vous revendiquez à Kassav à titre personnel ?
J’ai vécu Kassav dès le début. Je suis arrivé pour le troisième album, le premier à avoir marché et qui a contribué à faire la première tournée des Kassav. Ce que les gens ne savent pas, c’est que Kassav c’est d’abord deux frères, les frères Décimus qui avaient des disques, des studios d’enregistrement, mais il n’y avait pas encore un groupe vraiment constitué. C’est après le troisième album, qui est un succès aux Antilles, qu’on se retrouve pour les deux premières tournées de l’histoire du groupe. J’ai suivi étape par étape l’histoire des Kassav. Et, à chaque fois que les gars constataient que le groupe avait du succès en Afrique, ils me demandaient de leur apporter le côté africain qu’ils n’avaient plus. Je participais aux chansons avec Jacob Desvarieux, Georges Décimus ; j’apportais ce côté africain. C’est le cas dans la chanson «Gorée», où j’ai chanté un couplet en éwondo.

Aujourd’hui, quel est le regard que vous portez sur ce groupe ?
En 2009, Kassav a fêté ses 30 ans d’existence à Paris. Ce qui veut dire qu’il continue de vivre même si le succès n’est plus pareil. D’ailleurs, le succès est généralement cyclique. Kassav d’hier n’est plus celui d’aujourd’hui. On dirait que le public a été touché par cette division puisque, après cela, il y a eu trois albums sur le marché. Mais les ventes n’ont pas suivi. Par contre, les concerts se passent bien.

Quand on dit Jacques Douglas Mbida, on pense d’abord à la musique. Vous n’allez pas donner de spectacles au Cameroun ?
Pas cette fois, car un spectacle ne s’improvise pas. Surtout qu’on n’a pas beaucoup de structures pour cela au Cameroun. Mais pourquoi pas dans les années à venir !

En 2002, on vous a aperçu au palais des Congrès aux côtés de Manu Dibango, lors de la renaissance des droits d’auteurs. Quelle est votre implication dans la musique camerounaise, tant sur le plan technique que managérial ?
Vous faites allusion à l’histoire de la Cmc (Cameroon Music Corporation, Ndlr)), où j’étais administrateur dans l’équipe de Manu Dibango. Aujourd’hui, j’ai pris du recul. Nous avons été déposés. Ce qui m’a un peu déçu, c’est le fait que des musiciens, entre eux, se faisaient la guerre. C’est nous qui avons commencé l’histoire de la Cmc à Paris, avec l’association des Musiciens camerounais de la diaspora (Mdc). On était en fin de cycle de la Socinada, et il était question de créer une nouvelle société. Il y avait deux tendances, la Socim de Sam Mbendé et la Socadrom d’Ekambi Brillant. Nous avons jugé qu’au lieu de fonctionner en rangs dispersés, il était opportun de fédérer pour avoir une seule société afin de protéger les droits d’auteurs. Le projet a été recevable au ministère de la Culture.
Pour tout dire, j’ai participé à la création de la Cmc. Mais, après, c’est parti dans tous les sens parce que certains artistes étaient plus intéressés à ce que ça pouvait rapporter. La dissolution par la suite de la Cmc ne m’a pas beaucoup surpris. A présent, pour régler le problème des droits d’auteurs au Cameroun, les artistes doivent vraiment vivre de leur art. Dommage, tel n’est pas encore le cas. Les artistes sortent des disques, mais il y a la piraterie qui reste un problème réel. Même si on ne peut pas l’arrêter complètement, on pourrait au moins faire en sorte qu’elle diminue.

En faisant quoi, par exemple ?
La répression ! A l’époque, la Socinada se faisait accompagner par la gendarmerie pour identifier les pirates et les saisir. Ils sont là, on les connaît. Certains vont même vendre leurs CD piratés devant le ministère de la Culture, je les rencontre souvent là-bas.

Des enquêtes ont révélé que, derrière ces petits vendeurs, se cachent des gros bonnets qui détiennent ces industries de piraterie. Est-ce que vous ne faites pas fausse route en pensant qu’il faut saisir les petits revendeurs ?
Pour mettre fin à la piraterie, il faut une volonté politique. Les artistes, sont très petits pour réagir, ils ont besoin de l’assistance des hommes politiques. Tout ce qu’on peut faire, c’est intenter des procès aux pirates identifiés. Et cela n’a toujours pas des chances d’aboutir. A mon avis c’est pour ces raisons que la piraterie ne finit pas au Cameroun.

Mais pourquoi ça ne se fait pas au niveau politique ?
Nous-mêmes, artistes, avons montré le plus mauvais exemple en nous faisant la guerre. C’est un argument valable pour les hommes politiques pour ne pas nous aider. Comment travailler avec des gens qui ne peuvent pas s’entendre ? Il y a d’abord eu la Socinada, qui a été dissoute, puis la Cmc. Elle aussi est partie en rangs séparés pour créer la Socam, qui selon des échos est également contestée. Certains politiciens, même de bonne volonté, vont sans doute se dire qu’il y a problème de ce côté-là. Ils refuseront de s’impliquer.

En Europe, des musiciens camerounais qui ne s’appellent pas Manu Dibango, Richard Bona ou Douglas Mbida, n’ont pas de succès dans leurs spectacles. Comme pour dire que la musique camerounaise ne se vend pas à l’international…
Je ne dirai pas que la musique camerounaise ne se vend pas à l’international. C’est vrai qu’il y a des structures de distribution et des maisons de production qui ont disparu. Celles-ci s’occupaient de la promotion de la musique du pays. Avec les progrès de la technologie, en l’occurrence Internet, il ne devrait plus y avoir un problème de distribution. Des musiciens peuvent se faire connaître à travers leur site Internet, puisqu’il existe déjà des téléchargements légaux, et les ventes peuvent aussi se négocier. Il y a des musiciens qui arrivent à vendre des centaines de milliers d’albums, rien que sur Internet. Mon conseil à l’égard des jeunes artistes camerounais, c’est de se faire connaître à travers Internet, et si c’est possible diffuser des extraits de leurs chansons.

Les Camerounais ne se produisent pas au Zénith à Paris…
Il y a eu une tentative qui date de trois ans : des musiciens venus du Cameroun se sont associés à ceux de la diaspora, pour donner un spectacle au Zénith. Mais la promotion n’a pas été prise au sérieux. Le Zénith est une salle mythique, j’en sais quelque chose parce que c’est là-bas que Kassav a éclaté pour de bon. Pour faire un spectacle au Zénith, la publicité ne se fait pas en trois semaines. Elle doit être faite en six semaines, dans les médias et par affichage, pour annoncer l’évènement. Là, il y a espoir que le spectacle ait du succès. J’étais au spectacle des mes compatriotes au Zénith, il y a eu moins de mille personnes et cela m’a vraiment indigné. En fait, le promoteur n’avait pas pris conscience de ce qu’est le Zénith, à Paris.
Dans de petites salles de spectacles, certains artistes du Cameroun ont du succès. C’est le cas de Lady Ponce et d’autres musiciens qui se démarquent.

Avec l’avènement des boites à rythme, le métier d’instrumentiste n’est-il pas menacé ?
Ça dépend ! Dans les Kassav, nous utilisions des boîtes à rythme et c’était des musiciens qui les faisaient. On composait beaucoup lors de nos tournées. Il arrivait qu’on compose dans une chambre d’hôtel. Le batteur ne pouvait venir avec son matériel, c’était plus les guitares et les claviers qui étaient utilisés. Mais c’était le batteur qui indiquait comment cela devait se jouer. Une fois dans les studios, c’est lui qui jouait. Aujourd’hui, il y a des musiciens qui préfèrent la facilité en utilisant des sons déjà composés. C’est à ce niveau que le métier d’instrumentiste peut être menacé.

Vous êtes timide ! Est-ce que ce n’est pas incompatible avec votre métier ?
Tous les artistes ne sautent pas et ne crient pas, comme vous le pensez. J’ai été longtemps musicien, j’ai accompagné des gens. C’est vrai que, lors des spectacles, je reste à l’arrière pour laisser celui qui chante mieux s’exprimer. Mais, dans certains spectacles que j’ai donné, les gens ne m’ont pas reconnu : j’ai donné tout ce que j’avais comme réserves. Je reconnais quand même qu’avant, j’étais timide. C’est une façon pour moi de mieux me concentrer.

Quelle est votre empreinte dans la musique camerounaise ?
J’ai été musicien de studio pendant beaucoup d’années. Cela m’a permis de rencontrer de grosses pointures de la musique, en l’occurrence les frères Décimus. J’ai accompagné des artistes camerounais et participé à la réalisation de certains albums dont je préfère taire les noms. J’ai également accompagné des jeunes qui sont souvent venus me rencontrer. Je leur apportais mon aide sans problème, quand c’était nécessaire. Ça été le cas avec M. Fragile.

( 5 juillet, 2011 )

Charlotte Dipanda

Charlotte Dipanda, née en 1985 à Yaoundé, ancienne choriste de grands noms du son africain à Paris, est aujourd’hui en quête d’autonomie et d’affirmation de sa fibre artistique. Avant la sortie de cet album Mispa, elle avait déjà fait un disque (sorti en 2001) avec le guitariste camerounais – décédé depuis – Jeannot Hens, dont elle reprend en hommage, deux titres qu’ils avaient faits ensemble (Ndando et Longue).
La chanteuse camerounaise Charlotte Dipanda est née à Yaoundé, où très tôt elle se découvre une passion pour la musique transmise par sa famille instrumentiste. De son enfance au pays, elle garde les influences de Toto Guillaume et Bebe Manga. La jeune femme nous livre en toute intimité les récits de sa jeunesse, des débuts prometteurs dans les cabarets de Douala, aux rencontres marquantes qui ont jalonné sa carrière. Une artiste sympathique et naturelle à la voix hors du commun.
Les débuts au Cameroun
Charlotte décide très tôt que la musique sera au centre de sa vie et c’est sans hésitation qu’à l’âge de 15 ans elle alterne école le jour et concert au cabaret le soir. « La musique c’est une passion et c’est une petite voix intérieure qui m’a poussé à percer ». Lors de la fête de la musique à Douala en 2000, la capitale économique du Cameroun, elle rencontre plusieurs groupes et notamment des jeunes rappeurs à la recherche d’une chanteuse. Avec eux, elle participe au Concours musique de Douala organisé par les brasseries du Cameroun. Le groupe gagne et lui permet de débuter dans les cabarets de la ville.

S’en suit sa rencontre avec Jeannot Hens, ami des rappeurs, avec qui elle enregistre son premier album. Celui-ci sort en 2001 sobrement appelé Jeannot Hens et Charlotte Dipanda. Le succès est immédiat et la révèle au public camerounais qui depuis ne l’oubliera plus. Pourtant, Charlotte ne se laisse pas griser puisque entre-temps elle a rencontré le chanteur congolais Lokua Kenza qui l’a choisi comme choriste pour participer à ses deux concerts prévus à Yaoundé et à Douala. Forte de cette nouvelle expérience, la chanteuse se laisse convaincre par son nouveau mentor de partir tenter l’aventure en France.
Le défi parisien
L’album tout juste sorti, Charlotte, à peine âgée de 16 ans, s’installe à Paris où elle s’inscrit à l’école de musique. Lokua Kenza la recommande à Papa Wemba, pour qui il réalise et produit l’album, Charlotte devient sa choriste et enregistre même un duo avec lui. Dès lors, Charlotte prend contact avec des gens du milieu. « C’est un vrai apprentissage où je n’ai pas le temps de me poser de question ! » Tout va très vite, tour à tour choriste de Manu Dibango puis de Rokia Traoré, Charlotte Dipanda intègre la Chorale Gospel pour 100 voix, « je suis très croyante et cette chorale de gospel représentait vraiment pour moi quelque chose de magique»
Pourtant Charlotte veut chanter seule et assumer ce qu’elle dit, « même si pendant longtemps accompagner les plus grands était mon seul objectif, à présent je veux défendre mes idées et ne plus me cacher derrière quelqu’un». La famille, l’amour et la vie sont les thèmes de prédilections de son premier album solo Mispa sorti le 25 mai 2009 dans les bacs.
La chanteuse revient également sur son concert à la Cigale le 14 mai 2009 où elle a fait la première partie d’Ana Moura, grande chanteuse portugaise de fado, « c’était extraordinaire, exaltant, Prince était même présent ! ». Charlotte est lucide sur son parcours béni de Dieu comme elle aime à le dire. « J’ai la chance de pouvoir choisir les gens avec qui je veux travailler, je connais leur touche personnelle et je sais que tel musicien m’apportera telle couleur, ça m’est égal qu’il soit connu ou très talentueux, ce qui m’importe c’est le feeling que j’ai avec lui »

Aujourd’hui, même si elle remplit le palais des Congrès de Yaoundé et est considérée comme une véritable star dans son pays, elle garde les pieds sur terre et attend les réactions du public français. Charlotte a soif de connaissances, elle se considère elle-même « comme une chanteuse d’origine camerounaise mais avant tout du monde ». Avec une curiosité culturelle insatiable, elle projette déjà de peut-être partir en Angleterre. Charlotte Dipanda est donc quelqu’un de simple, talentueux et très décidée qui on l’espère va faire beaucoup parler d’elle.
Découverte aux côtés du regretté Jeannot Hen’s, la chanteuse sort un premier album étincelant.
Charlotte Dipanda a du répondant. Et ceux qui l’attendaient au tournant ne sont pas déçus par la qualité de son premier album solo. « Mispa » vient de sortir chez Cano Production, et commence à faire parler. Ce week-end est une autre occasion pour la chanteuse de se faire voir, de s’offrir.
Mispa est un album de 12 titres produit à Paris. Les mélodies sont essentiellement dans un style afro-acoustique. C’est ce style qui me parle le plus, ce n’est pas par convention. Je veux dire que certaines personnes font de la musique parce qu’elles ciblent un certain public. Elles se disent : « Moi je vais faire du ndombolo, parce que c’est la musique qui marche le plus. » La musique que je fais est réellement en phase avec ma personnalité, c’est-à-dire que c’est doux. Je ne dis pas que je vais chanter une chanson qui n’est pas très rythmée, mais je ne peux pas faire tout un album dansant. Dans Mispa, les textes mettent également en évidence les mélodies aux couleurs pop. Les textes sont tour à tour en langues duala, bakaka et en français. On y retrouve parfois des sonorités du makossa, de l’afro-beat
Mais cette sortie est surtout pour l’artiste en pleine promotion, une belle perche. Surtout que clip de « Bwel », titre d’ouverture de l’opus a mis en appétit un tas de mélomanes. Qui ont foncé chercher le CD. Un disque de 12 titres. Douze belles chansons, où dominent les guitares d’Olivier Tsimanga, Christophe Denis, Julien Pestre, Jack Djeyim. Pas moins de cinq guitaristes pour bien asseoir la personnalité de ce premier album. Pour exprimer le style choisi par une Charlotte Dipanda qu’on sait éclectique et polyvalente. Sur ce point, la jeune perle de la musique camerounaise ne s’est pas beaucoup éloignée de sa première expérience de studio avec le regretté Jeannot Hen’s. Avec cependant un supplément de « world ».
« Mispa », c’est donc ça : un agréable cocktail, tendance acoustique. Une poignée de makossa, un zeste d’afrobeat Le tout surplombé par la voix pure de la chanteuse qui surfe sur les langues (douala, bakaka, français) avec la même limpidité dans le timbre. Le lead est l’atout maître de Charlotte Dipanda. Déjà naturellement douée, l’artiste a su mettre à profit son installation en France pour affiner sa technique. Le résultat est plaisant, pour ne pas dire plus. Et l’album s’écoute sans forcer.
Révélée aux débuts des années 2000 aux côtés du guitariste Jeannot Hen’s, Charlotte Dipanda, 24 ans, maîtrise son sujet et confirme la bonne impression laissée auprès du public. Et en hommage à son mentor, la jeune chanteuse reprend « Longuè » et « Ndando », deux des titres qui l’ont fait connaître. Comment parler de cet album sans évoquer les doigts de fée de Guy Nsangue ? Réalisateur de Mispa, le bassiste qu’on ne présente plus, laisse admirer ses talents d’arrangeur, qui au fond, ne surprennent personne.
Dans des sonorités soyeuses et acoustiques, au milieu d’univers qui ne sont pas sans rappeler ceux de Lokua Kanza, l’homme à musique, lui ayant apporté un coup de pouce salutaire, lors de son arrivée en France, la jeune chanteuse interprète en douala, bakaka (sa langue maternelle), bassa et français, des petites histoires, elle chante ses états d’âme, tressés de mélancolie, de la musique et des chansons sur lesquelles on rêve ou bien l’on danse.
Il y est question d’un grand-père qui contait l’histoire de l’arbre de la sagesse, de souvenirs d’enfance, d’amour et d’espoir, de sentiments compliqués, d’embûches, de doutes et de remises en question. Il y est question aussi d’une mamie essentielle, la grand-mère qui l’a élevée et à qui Charlotte Dipanda dédie cet album. Enregistré à Paris, avec l’appui avisé du bassiste compatriote Guy N’Sange à la réalisation artistique, voici Mispa, le premier album sous le nom de Charlotte Dipanda, qui a fait ses classes en chantant Lara Fabian, Céline Dion et Mariah Carey dans des clubs au Cameroun.

Après le décès récent de Charlotte Mbango, grande figure de la chanson camerounaise, une autre Charlotte surgit dans le paysage. A moins de 25 ans, Charlotte Dipanda sort un bel album, Mispa, dédié à sa grand-mère. Elle incarne la relève de la vaste famille d’artistes originaires du Cameroun qui participent à la richesse de la scène afro-parisienne.
Qu’est-ce qui vous a amené à vous installer en France, en 2001 ?

Charlotte Dipanda : La musique ! Je chantais déjà au Cameroun et j’ai eu envie d’élargir un peu les horizons, de sortir de l’univers des cabarets dans lesquels je me produisais. Je souhaitais aussi apprendre, me perfectionner, mais au Cameroun, il n’y a pas d’école de musique. Je me suis inscrite dans une école à Paris (IACP) où j’ai appris le solfège, le piano, un peu de chant. J’avais déjà des antennes à Paris. Et puis, j’avais rencontré Lokua Kanza au Cameroun, quelques mois auparavant. Je pouvais donc lui passer un coup de fil en arrivant.
Avant d’enregistrer Mispa, vous avez travaillé avec de nombreux musiciens. Quelle a été votre première collaboration ?
Un enregistrement avec Papa Wemba. Par le biais de Lokua Kanza qui travaillait sur son album Emotion. Quant à la première scène, je ne sais plus vraiment. Ce dont je me souviens c’est qu’il y a eu notamment un concert avec Lokua.
Etre choriste c’est une bonne école ?
Absolument et je ne suis pas certaine d’arrêter d’accompagner certains artistes. J’ai beaucoup appris derrière les autres. Cette possibilité que l’on a en tant que choriste d’entrer dans l’univers de l’autre, c’est extrêmement enrichissant. Je chante toujours avec Lokua avec qui nous avons un projet mêlant théâtre et chant, Carnet Sud Nord 17, qui a déjà été présenté sur scène. J’ai par le passé collaboré avec, entre autres, Idrissa Diop, Manu Dibango et Rokia Traoré.
Un des titres de l’album, Eyaya, évoque l’enfance. Quel souvenir gardez-vous de ce cette période?
Une certaine insouciance et puis une vie un peu nomade. Des allers-retours entre Yaoundé où je suis née, Douala où vivait ma grand-mère qui m’a élevée (ma mère m’a eu très jeune, mon père, je l’ai à peine connu) et l’ouest du Cameroun, chez un oncle. En fait, j’aurais aimé grandir dans une famille classique, avec un père et une mère. Cela m’a manqué de ne pas avoir de figures maternelle et paternelle auxquelles me raccrocher.
Votre nouvel album s’intitule Mispa, qu’est-ce que cela veut dire ?
En fait, Mispa, c’est le nom de ma grand-mère. Ainsi, pour ce premier album solo, j’ai voulu écrire une lettre posthume à celle qui m’a élevée comme une mère, ma tendre grand-mère Mispa.
Qu’est-ce que cet album a de particulier ?
Il est trop ouvert, mon nouvel album. Quand vous l’écoutez, vous verrez qu’aucun titre ne ressemble à l’autre, parce que j’ai travaillé trois titres avec le guitariste Julien. Comme je voulais une autre couleur à mes chansons, je suis allée voir le bassiste Guy N’sangue avec qui j’ai joué les autres titres. Cette manière de jouer avec plusieurs musiciens relève un peu l’intensité de la richesse de mes mélodies.
Dans cet album, je chante essentiellement l’amour et la joie. En fait, dans mes chansons, j’ai besoin de toucher l’âme de mon auditeur ; j’ai besoin d’interpeller la chose qui est enfouie en cette personne qui écoute ma chanson. C’est mon réseau, ma personnalité. Je ne triche pas. Je ne fais pas une musique conventionnelle. Ma musique est une musique d’écoute, ce n’est pas ce qu’on appelle en général une musique populaire. J’ai des sms à passer et je les passe avec mes douleurs, mes bonheurs.
Où peut-on trouver l’album de Charlotte Dipanda ?
Mon album va être distribué un peu partout dans le monde. Malheureusement, il n’y a pas de structures de distribution au Cameroun. Mais, je me bats pour que les Camerounais ne soient pas complètement lésés par rapport à ce projet. Du moins, c’est le combat que je vais mener avec la production qui trouve que le Cameroun n’est pas du tout un bon marché. Sinon, certaines personnes ont pu avoir mon Cd au cours de mon concert jeudi 9 avril dernier.
Pourquoi avoir attendu 8 ans avant de sortir un album ?
Pour moi, aujourd’hui, c’est le moment, je suis prête, je suis en phase avec ce que j’ai dit dans cet album. Je suis en phase avec l’image de moi que j’ai envie de véhiculer. Je crois surtout que je suis prête. Par rapport à cet album, je n’ai pas le sentiment que c’est trop tard, j’ai plutôt le sentiment que ça y est. J’y suis. C’est le moment. Si je l’avais fait avant, je ne suis pas sûre que ç’aurait été la même chose.
Y a-t-il du Jeannot Henz dans le nouvel album ?
Jeannot Henz a été mon premier parrain, si on peut le dire ainsi, c’est presque l’un de mes pères dans la musique. C’est vrai, aujourd’hui il n’est plus, c’est triste. J’ai choisi de lui rendre un dernier et vibrant hommage dans cet album en reprenant deux des titres qu’il a réalisés avec moi, notamment Ndando et Longue. Peut-être avec d’autres colorations instrumentales, mais c’est avec nostalgie, amour et honneur que j’ai repris ces titres.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans la réalisation de ce tube ?
Tout d’abord, la recherche des producteurs. Quand j’ai dit que j’étais prête pour cet album, j’ai commencé à enregistrer avec des artistes comme Julien, le guitariste qui m’accompagne. J’ai débuté l’enregistrement il y a de cela deux ans. Quand on allait en tournée, j’avais commencé à écrire mes compositions mais sans savoir ce que j’allais en faire. Il y a eu toute une démarche. Cet album sort aujourd’hui en 2009. Mais c’est depuis 2005 qu’il a été mûri. J’espère que le public camerounais va apprécier ce petit bébé qui est né.

Camerounlink : Charlotte parle nous de tes débuts dans la musique http://ondoua86.unblog.fr/files/2011/07/char.jpg

Charlotte Dipanda : J’ai commencé la musique par les cabarets il y’a maintenant près de 10 ans. A l’époque, j’étais au lycée et je chantaishttp://ondoua86.unblog.fr/files/2011/07/char.jpg au cabaret dans la nuit, je rentrais chez moi aux alentours de 02 heures du matin et à 7h30 j’étais en classe. A un moment donné, je ne pouvais plus tenir, alors j’ai décidé de laisser tomber l’école pour me consacrer à plein temps à la musique. Quelques années après, une collaboration avec le défunt guitariste Jeannot HENS va marquer un tournant décisif dans ma carrière. De passage au Cameroun, Pascal Lokua Kanza me sollicite pour faire les chœurs dans son spectacle. Notre collaboration sera décisive pour la suite de ma carrière car quelques années après, je débarque à Paris, il me prend sous ses ailes et grâce à lui je chante en duo avec Papa Wemba dans son album « Emotion ».

CL : Comment s’est passé ton acclimatation à Paris ?

C.D : La première personne que j’appelle quand je débarque à Paris est Lokua Kanza car il est le seul que je connais là bas. Il va alors me recommander à Papa Wemba qui est en pleine production de son album et le duo que je ferai avec lui sera mon tout premier boulot à Paris. Va alors s’en suivre une série de collaboration avec Manu Dibango, Rokia Traoré ou encore Axelle Red.

CL : Parlant de Lokua kanza, on remarque que vos musiques se rapprochent beaucoup. Est-ce que Charlotte Dipanda, c’est du Lokua au féminin ?

C.D : Non pas du tout. Jeannot Hens a été le précurseur de l’identité musicale de Charlotte Dipanda. Lokua et moi faisons des rythmes qui se rapprochent mais qui ont chacun leur spécificité. D’ailleurs lui chante en Lingala et moi en Douala et Bakaka. Sa musique a une influence de la rumba tandis que la mienne puise on inspiration du pur makossa. C’est vrai que nous faisons tous deux des ballades et de l’acoustique mais ce n’est pas pour autant que nous faisons la même chose.

CL : Quelles sont les thèmes que tu y abordes ?

C.D : Je parle d’amour, de haine, de jalousie, de douleur, du retour aux sources et de la vie en général. Dans « Bwel », le single sorti avant l’album, je parle de l’importance d’avoir ses racines quelque part. J’y relate la relation particulière que j’avais avec mon grand père qui me disait toujours que chaque personne avait une âme qu’elle devait conserver avec jalousie partout où elle allait. Dans « Tobe Ndena » qui est une ballade camerounaise, je raconte l’histoire d’un couple un peu atypique qui ressasse son histoire et chacun dit à l’autre « nous sommes si différents, on ne se comprend pas toujours, on se discute tout le temps et on rencontre des difficultés à tout bout de champ et pourtant je t’aime tant ». « Bassam » quant à lui est une déclaration d’amour faite dans un makossa soft. Le titre « Tutu Ndema » m’a permis de raconter une histoire vraie. Celle de ma grand-mère qui ne s’est jamais remise de la perte d’un de ses enfants au point de devenir l’ombre d’elle même au fils des ans. Dans ce titre, je conseille à ceux qui perdent un être cher de se ressaisir afin de se battre pour ceux qui sont encore là.

CL : Pourquoi avoir choisi « Mispa » ?

C.D : « Mispa » est le nom de ma grand-mère à qui je rends hommage dans ce premier album. C’est une femme forte qui a en même temps été ma mère, mon père, mon oncle. Bref après le départ de ma mère pour les Etats Unis d’Amérique, c’est elle qui m’a pris sous ses aisselles et tout appris. Même si elle n’est plus là pour voir ce que je suis devenue, j’ai décidé de lui rendre hommage et de lui dire Merci pour tout.

CL : Quelle est la suite de la promotion de l’album ?

C.D : Après la sortie officielle qui a lieu ici au Cameroun le 09 avril, une deuxième sortie se fera à Paris le 10 juin et sera l’occasion d’un spectacle que je donnerai à la JAVA à Paris.

C.L: Présente-toi en quelques mots.

C.D : Je suis une jeune camerounaise de 24 ans née à Yaoundé et grandie à l’ouest et à Douala. Je suis maman d’un petit garçon et bientôt mariée.

Charlotte Dipanda : chant et coeur
Julien Petre : Guitare
Guy Nsangue Akwa : Basse et arrangements

( 5 juillet, 2011 )

Justin Bowen

si sa musique est un voyage, une aventure; lui par contre n’est pas un aventurier de la musique mais un connaisseur. Incontestablement Justin Bowen est une grosse pointure de notre patrimoine musical et, à l’image de Richard Bona dont il dit l’admiration pour son travail, il est une marque. Oui ! Musicalement parlant, la griffe Justin Bowen est à jamais gravée sur le marbre qui constitue le mur de la musique camerounaise et sur lequel sont gravées d’autres griffes aussi célèbres que talentueuses.

Deux albums, mais deux bijoux!

Rappelons qu’au moment de la traversée du désert d’un volet de la musique camerounaise investie par des rythmes venus d’ailleurs; conséquence d’un manque d’inspiration et de l’appât du gain facile qui animaient les uns et les autres, Justin Bowen était celui qui, parmi les instrumentistes camerounais, courageusement a pris le bâton de pèlerin pour affronter cette bourrasque, pour rompre la spirale et donner le cap en commettant ’’Flash Back’’. Titre éponyme d’une galette qui avait en même temps le mérite et le tort d’être une œuvre pionnière, mais combien salvatrice pour notre musique. Une voie que suivront nombreux d’autres instrumentistes dont l’excellent Richard Bona et aujourd’hui les jeunes loups aux griffes bien aiguisées comme Blick Bassy.

En récidivant avec ’’ Rio Dos Camaroes ’’, promenade sur 12 effluves du triangle nationale, Justin est resté fidèle à lui-même, c’est-à-dire, aller puiser dans les profondeurs de notre patrimoine culturel pour établir le pont avec les autres. C’est ce que rappelle cette voix qui ouvre l’album dans ’’Mangassa & Tene Family’’; c’est puiser dans certains codes de jeux de récréation comme dans ’’Mot de passe’’ pour nous offrir un régal musical. C’est aussi des coups d’œil adressés ci et là à des rythmes encore vierges de tous viols extérieurs comme dans ’’Bikutsi Show’’, dans lequel Queen Etémé confirme qu’elle est vraiment la wonderfull woman. Comme également ce clin d’œil fait au maître incontesté Aladin Bikoko dans ‘’Aladain’’. Dans ’’Banda Eva’’, Justin Bowen rappelle de temps à autre qu’il a des doigts de génie, lorsqu’avec son piano, il nous transporte vers des univers qui nous rappellent notre proximité réelle avec les Antilles…Tout un voyage !

Justin Bowen continue dans la voie qu’il a, presque 16 ans aujourd’hui tracée en redorant à sa manière le blason de cet art qu’il dit être un véritable métier qui mérite respect d’abord de la part des acteurs et ensuite de la part des consommateurs que nous sommes.

Cet album prend une saveur particulière avec la présence de deux autres personnalités musicales qui aujourd’hui nous observent de loin, mais dont la présence dans l’aventure initiée par Justin Bowen rehausse davantage la qualité de celle-ci par leur savoir-faire : d’une part Charlotte Mbango dont la voix dans ’’Ngosso Blues & Saint Thomas & Dikendis’’ nous rappelle que la musique est éternelle lorsqu’elle est bien faite et portée par des voix qui vous caressent. Et de l’autre, le groove, la clarté et la précision de frappe du métronome Valéry Bekombo Lobé dans les percussions et à la Batterie aux côtés de Roger Raspail. Pour apprécier davantage la dextérité de Valo, passez la piste 3 “Ngosso Blues” pour comprendre que le monde musical a perdu un monument. Le son du Hi-Hat est d’une clarté et d’une fluidité comme seul lui savait le faire.

Faut-il ici rappeler que par la maîtrise de leurs instruments, on ne saurait faire passer incognito le phrasé d’un André Manga, la vélocité du gaucher « bassant » à la voix de velours Vicky Edimo (Ngosso Blues & Dikendis) et le doigté de André Marie Tala, sans oublier le jeu chaloupé du guitarologue Bobby James de Nguimé (Ngosso Blues) dont les seules présences confèrent à cet album toute sa magie et toute sa légitimité à s’inscrire dans le temps et la durée.

Une fois de plus, Justin Bowen nous entraîne dans une aventure musicale de haute facture qui certes nous réconcilie avec notre patrimoine culturel mais trahit aussi l’insuffisance de la mise en valeur de ce patrimoine que le reste du monde nous envie pourtant. ’’Rio dos Camaroes’’ est une œuvre d’art faite par un artistes aux doigts d’or. Repassons-nous ‘Ngosso Blues’ pour fêter le Cameroun de Justin Bowen, celui des esthètes.

AU COMMENCEMENT :

Justin est né dans un piano, à la Capitale. ( Yaoundé, Cameroun) À 14 ans, il joue : Orchestres scolaires, apprentissage solitaire, puis de 15 a 17 ans, au cabaret ‘Philanthrope’, déjà professionnel … Les ‘ ailes du désir musical’ l’emmènent très tôt en Grèce, puis, après six mois de tournée, en France, au Havre et toujours au piano. Là, il s’embarque avec le groupe ‘idéku Dynasty’sur la péniche ‘le Cap’. Mais son jeu ne le satisfait pas. Alors Justin travaille, travaille sans cesse: conservatoire, cours particuliers, base classique, école du jazz Union de la porte Océane puis Paris, IACP. Commence alors également une très grande écoute des grands : Jimmy Smith, bien sur Ray Charles, Otis Redding, Coltrane, Charlie Parker, Aretha Franklin, beaucoup Keith Jarrett… Mais il se passionne aussi pour les musiques du monde, qu’elles soient classiques ou traditionnelles (Maghreb, Brésil, Afro cubain …) C’est dans ce mélange que le style particulier de Justin prend sa source et continue d’évoluer.

LA TRIBUE :

À Paris, il retrouve ses amis, Jimmy, Sissy Dipoko, Vincent Nguini et d’autres. De studios en spectacles, il joue avec Pierre Akédengué, Ekambi Brillant, Tala André Marie, Fifi Rafiatou (la liste est longue …) , et il enregistre même avec Paul Simon pour l’album ‘Prouft’. Puis, il part en tournée avec Manu Dibango, dont il dirige l’orchestre pendant quelques années. Il se fait producteur et arrangeur pour Eddy Edouthe, Sissy Dipoko, Justin et Ideku Dynasty . Il produit également son propre album’ Flash Back’.

SON PIANO ET LUI :

La métamorphose continue … Justin veut son piano pour lui tout seul : Il conforte alors sa carrière solo, en ‘épousant’ le piano-bar. Grâces à ses nombreuses apparitions dans le milieu du Jazz de haut niveau, il apprend le métier de la grande scène avec Manu Dibango et s’y produit (Zénith, soirée Jacques Vabre) au contact, ‘excusez nous du peu’, de Herbie Hancok, Miles Davis, Nougaro, Carla Blay ou Dave Brubeck. Et de pianos en pianos-bars, il joue dans le monde entier, du Rapsody (Rio, Brésil) au grand Hotel Burj Al Arab à Dubai, chez Olivia Valère dans tout le Maghreb, à la Calavados, ce lieu mythique où a joué Joe Turner, chez Maxime’s, au New-Morning, au petit Journal, au Griot à Strasbourg , au Montreux palace , en Suisse etc…

JUSTIN AU JOUR LE JOUR :

Aujourd’hui, Justin est toujours amoureux de son piano blanc et sa passion a grandi. Non seulement il continue les tournées, le piano bar, mais il a son propre studio où il travaille aussi bien à des musiques de films ou de publicités ( Diamants – Diamants , Maxwell, reportages , ‘Paris à tout prix’ de Joséphine Ndjanou).Il enregistre en 2006 son nouvel album ‘Rio Dos Camaroes’ . Les soirées privées, la musique avec les potes, le piano-bar et les disques, jamais satisfait, toujours en étude, infatigable créateur, Justin travaille, travaille,et continue d’ habiter dans son piano.

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